Le vent voyage à Cannes

Worbz s’invite à la fête du cinéma à Cannes. Nous accueillons le réalisateur colombien Ciro Guerra pour parler de son film « Les voyages du vent » présenté en compétition à Un Certain Regard, dans le cadre de la Sélection officielle du 62ème Festival de Cannes. Une expérience menée en deux temps. Émotion et surprises garanties.
Jeudi 21 mai, 11h30. Première présentation du film pour la presse dans la salle Debussy. On a monté les marches, accueillis par une musique d’accordéon. Le ton était annoncé. On a assisté à un moment émouvant de simplicité. Pendant presque deux heures on s’est retrouvés ailleurs, loin de la foule cannoise. On est partis en voyage dans le nord de la Colombie. Un voyage au sein des traditions, des paysages et de la musique traditionnelle de la côte Atlantique. On s’est laissé bercer par les notes « endiablées » des accordéons en fureur et les vers spontanés des « raconteurs d’histoires », les juglares. La Colombie sous un angle que beaucoup ne connaissent pas. Un pays où la musique est l’expression ultime d’un métissage culturel qui ne demande qu’à être connu du grand public. A travers une photographie riche en nuances, en reflets et en textures, le souffle est retenu jusqu’à la fin du voyage. On sort émus, nostalgiques avec une petite envie d’évasion.
Vendredi 22 mai, 9h30. Place à l’échange et aux réactions sur la projection. Sur le ponton du Majestic, c’est un Ciro Guerra conquis, heureux. Il a réussi à dévoiler une autre réalité de son pays et qui mérite d’être racontée. Ignacio Castillo (Marciano Martinez), le protagoniste de l’histoire, représente à ses yeux, « un personnage mythique, qui transmet très bien la nostalgie colombienne ». Cette nostalgie qui devient musique, vers, rythme. L’art du Juglar c’est de raconter le ressentir : l’amour, la tristesse, la joie. La musique qui sort du ventre de ces accordéons devient un cri de l’âme. Ce « voyage du héros » comme il le décrit, fait écho à toute cette mythologie populaire où le protagoniste part à la recherche de sa propre histoire, en franchissant de multiples obstacles. Ignacio entame son périple seul, mais très vite un compagnon vient se greffer, sans même lui demander. Fermin (Yull Nuñez) un jeune homme qui rêve d’être Juglar, suit le vieil homme en espérant une passation de savoir.
Ciro Guerra refuse de se livrer à un exercice de « réalisme magique » et profite pour défendre le caractère universel du mythe et des personnages de son film. « Certes c’est un film tourné en Colombie, joué par des colombiens, mais le film ne s’adresse pas qu’aux colombiens. Il s’adresse à tous ceux qui sont prêts à entamer un voyage dans de nouvelles réalités ». La légende autour de cette musique, véhiculée dans le film n’est pas inédite. La légende populaire colombienne de Francisco el hombre (ou comment un Juglar a vaincu le diable au cours d’un duel) « ne fait que rappeler le vieux mythe d’Orphée ». On est donc face à un mythe revisité, délocalisé et scénarisé dans une région magique, avec un mélange de superstitions et de savoir ancestral. Le couple Ignacio-Fermin, nous fait tout de même penser à une sorte de Don Quichotte et son Sancho Panza , qui s’embarquent dans d’incroyables aventures, pour partir à la recherche du maître de l’accordéoniste.
Après le photo call officiel on voit apparaître au loin le quartet de Choc : Ciro, Marciano, Yull et M. l’accordéon cornu. On assiste à un moment magique, où la rencontre devient plus une discussion amicale qu’un exercice journalistique classique. Pour Worbz, Marciano chante quelques vers avec cet accordéon un peu rauque qui n’est, comme il le dit que « décoratif, c’est pour la promo et les photos ». Il sourit. Le Juglar a mal à la main. Il y a quelque temps il s’est fait opérer de la main droite. Pour lui « c’est encore difficile de jouer » de son accordéon comme il le voudrait : vite, de façon énergique comme s’il prenait vie avec les chansons. Sur le ponton une brise colombienne s’invite à la discussion. Moment d’échange privilégié. Les quelques personnes autour se retournent sur nous. Surprises par cette voix qui sort des entrailles et qui chante une ode à la Colombie. Dans un coin, on croise le regard de Yull, piquant, pétillant et heureux de se retrouver à Cannes. Avec son appareil photo, il capte les instants magiques offerts par son premier rôle au cinéma. Il est arrivé en retard, en ratant la projection. Après un voyage rocambolesque plein d’arrêts et de retards, il est là et il compte en profiter. Des photos, encore des photos. Ils sont sollicités pour un shooting éclair. Tout le monde joue le jeu. Ciro pas très à l’aise sourit discrètement. Marciano envoûte le photographe avec son accordéon magique. Yull se livre à son moment de gloire. Il joue avec les lumières. Il pose spontanément. Et hop ! Un cliché pour nous aussi. Tendrement, on se dit au revoir et on retourne à nos activités du jour. Là-bas sur le ponton un Juglar et son compagnon regardent la mer en se disant que le chemin a véritablement été long. Les deux compères regardent attentivement l’horizon. Décidément, pour voyager toujours il suffit de suivre le vent.
Le site du film :
http://www.losviajesdelviento.net/
La bande annonce :
Cannes 2009, Cinéma, Star



















